
Voilà une bonne question, non? Comment vivre de la musique à l'heure du téléchargement? Les artistes sont-ils vraiment une espèce en voie de disparition? Doit-on avoir peur du Peer-to-peer? Avant tout, il est nécessaire de comprendre le chemin par lequel passe (passait?) un artiste.
1. La maquette
Prenons un artiste talentueux. Il écrit et compose ses chansons. Il est auteur - compositeur - interprète et tout le monde autour de lui adore ce qu'il fait. Il se décide d'aller en studio pour créer une maquette, une sorte de CV pour maison de disques. Même si aujourd'hui grâce à la démocratisation du matériel musical il est intéressant pour un musicien d'investir dans son propre home-studio, le savoir-faire d'un ingénieur du son reste la solution idéale! Moyennant quelques centaines d'euros, notre artiste ressort du studio avec une maquette 4 titres reflétant parfaitement son style, sa musique.
2. Droits d'auteurs
Ça sert à quoi? A l'origine, assurer la paternité d'une oeuvre mais il existe aussi une rémunération en rapport avec les droits d'auteurs qu'on appelle "royalties". Chaque fois qu'une oeuvre est jouée, interprétée, pressée sur cd, diffusée en télé, radio ou autres, la société de droits d'auteurs (SABAM en Belgique / SACEM en France) perçoit une taxe qui est rétribuée à l'auteur par la suite. La Sabam se sert au passage.Il faut énormément de diffusion pour pourvoir vivre que de ces droits d'auteurs. Pour exemple, en France, seulement 2000 membres de la SACEM vivent de leurs droits d'auteurs. Tous les autres déposent, cotisent mais ne touche rien ou très peu.
Attention : une fois qu'on est membre de la SABAM, on paie aussi pour ses oeuvres! Si j'organise un concert dans une salle où je joue mes propres oeuvres, je dois payer la SABAM! C'est fou non? Complètement stupide.
Ce principe de droits d'auteurs devient totalement obsolète avec internet et les plateformes de partage de fichiers Peer to Peer. Allant à l'encontre de la liberté donnée par internet, ce système vise (visait?) à contrôler toutes les diffusions de musique.
Aujourd'hui il existe d'autres solutions pour être libre et garder la paternité de ses oeuvres : les Créative Commons et la musique libre que j'utilise sur ce site. Beaucoup plus flexible, je permets aux internautes de télécharger, diffuser, propager ma musique sans devoir payer des droits d'auteurs et sans perdre la paternité de l'oeuvre. (Ça fera partie d'un autre article car c'est un long débat ;-) )
Revenons à mon artiste qui dépose ses compositions à la SABAM pour vivre de ses "royalties".
3. La production
Commence alors la grosse galère. Il envoi sa démo à toutes les maisons de disques qui ne veulent pas prendre de risque à cause de la "crise du disque" (j'en parlerais un autre jour) : "Vous êtes connu?", "Vous avez fait quoi avant?" ou encore "Vous avez la même voix que....". Pas assez d'argent pour produire son disque lui-même et se vendre (Radio, TV et surtout les disquaires!), l'artiste accepte tous les concerts afin de jouer sa musique partout dans l'espoir que dans la salle, se cache Pascal Nègre (PDG de Universal Music) ou un autre big boss de chez Sony, EMI ou Warner qui détiennent + de 80% de la musique dans le monde! Dingue, non? Peut-être un jour le remarquera-t-on, à la sortie du métro, dans un bar, ou dans un casting de la nouvelle star.
4. La chance
Après la galère, le coup de fil magique. Le rendez-vous avec une major afin de mettre en place sa carrière mondiale et devenir millionnaire (surtout eux!)."We want you!"
"Je crois que vous avez du talent" comprenez "Je crois qu'on va faire du pognon avec vous"
"Vous avez une énergie et une fraîcheur..." comprenez "Vous êtes bien naïf et l'argent n'a pas l'air d'être votre priorité, ça tombe bien, nous oui"
"Je vous préviens, c'est difficile de percer aujourd'hui" comprenez "Vous ne toucherez rien avant un p'tit moment le temps que ça nous rapporte"
La major propose alors un contrat en béton où l'artiste cèdera 50% de tous les droits d'auteurs (passage radio, télé, pub) et percevra 5% sur les vente de CD aux distributeurs c-a-d sur 9€.
Exemple sur un cd vendu 18€
- Artiste : 0,45€ par cd (à diviser avec autres membres du groupe).
- Major : 9,55 € par cd.
- Distributeur: 8€ (Disquaires, grandes surfaces, iTunes, etc.)
5. La création de l'album
Dans le meilleur des cas, la major s'occupe de tout. L'enregistrement studio, la promotion, la mise en place de l'album, séance photo ainsi que le relooking vestimentaire, le briefing marketing sur le public cible : Pluôt Rock? Plutôt Folk? Plutôt Chanson française? Contenu de l'album : 2 - 3 titres Pop, 1 slow, 1 ou 2 reprises (incontournable aujourd'hui!) et c'est en boîte. Au final, un album complètement formaté. L'artiste se dit que c'est génial même si ça lui plait qu'à moitité mais il fera réellement ce qu'il veut lorsqu'il sera célèbre! (utopie car comment un artiste peut-il changer son image par la suite?)
6. La vente
Ce qui fait la valeur d'un artiste aux yeux de la major, c'est la vente. L'accroche du public. Les passages radios font vendre. L'album grimpe alors dans le box office. Plus on reste en vue, plus on vend. Plus on vend, plus on reste en vue. L'artiste est alors baladé entre un showcase à la Fnac, la fête aux boudins du village, la radio nationale, la première partie d'un grand chanteur, un événement caritatif, re-foire aux boudins. Tous ces événements sont dans le cadre de la promo de l'album, donc cachet zéro ou minimal.
7. Ça marche
Grâce au talent incroyable de notre artiste, il touche réellement son public et celui-ci le suit. Il écoule des millions de cd, parcourt le monde entier, donne des interviews dans toutes les langues. Le succès est au rendez-vous. Tous ses efforts sont récompensés. Une belle carrière s'ouvre à lui mais toujours sous les conseils de sa maison de disque. Ayant signé un contrat pour plusieurs albums, il ne pourra pas faire ce qu'il veut avant plusieurs années. Si l'artiste s'enrichit, alors la major s'est empocher 100 ou 1000 fois plus!
8. Et si ça marche pas?
Après la promotion, le public est seul juge. Si l'artiste n'a fait vendre que 1000 CD. Alors, il aura en poche 1000 x 0,45€ = 450€ + 50% des droits d'auteurs. Par contre la major aura quand même empocher près de 8000€. Cruel système, non?
Il est important de soutenir les artistes en achetant leurs albums et en allant les voir en concert. Si vous aimez un groupe, téléchargez l'album pour l'écouter avant mais si vous aimez, faites le pas d'acheter le CD. Préférez un groupe qui débute plutôt qu'un CD de Madonna ou de Johnny, les majors n'ont pas besoin de votre argent ;-)
A suivre : ma vision de l'artiste moderne...
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hello prête pour t'écouter. C'est la première fois que j'assiste au c...
Commentaires
Multi-citer Piano Solo:
Ce n'est pas ce que je voulais dire
Multi-citer Piano Solo:
Ce n'est pas comme ça que je vois les choses. Pour moi l'artiste fait de l'artisanat et le Major fait tourner une entreprise. Ce dernier gagne beaucoup sur des produits "vache à lait" et investit sur des projets qui lui tiennent à cœur.
Par contre, je comprends bien la problématique du choix. N'y a-t-il pas une législation qui pourrait ralentir un peu cette main-mise du Major sur la propriété intellectuelle de l'artiste?
Multi-citer Piano Solo:
Le problème c'est que maintenant, les périphériques qui vont sur internet c'est d'abord un écran et non un haut-parleur. Il va falloir attendre quelques années avant que les webradios soient aussi accessibles que les radios. Citer
Je connais
L'incompatibilité SABAM CC pose bien évidement un problème pour ta distrib.
Côté avance, je te l'accord, elle sont faible et réduite pour les jeunes artistes mais elle existe. Si tu parles de "ce que gagne un artiste" faut bien en tenir compte.
Sur la vente des CD (acheté par l'artiste 9/11€, tu tourne autour du PGHT en ait, et c'est par obligation légal que tu vend à ce prix. Enfin, tu marge mieux sur la vente directe que sur la vente en magasin. Et si tu es producteurs et (co)éditeur de tes albums, ta part de revenu dans la vente de ton contenu en est complètements
Multi-citer Piano Solo:
modifiée.
Pareil, soyons précis c'est fou cette manie de TOUJOURS oublier la distribution. Le fait que iTunes ne prend que 8% à des conséquence sur la vente en ligne. LA part des agrégateur, c'est un autre débat avec taux variables.
Ta description de la prod et l'absence de l'édition (sert a placé ta musique sur une pub) n'est pas très révélateur de ces deux secteurs, dommage. Sérieusement, quand t'a signé ta licence avec MuzikBiox, t'a vraiment vécu ce que tu décris en en article 5, 6 et 7 ?
Les contrats en musique, c'est un casse tête. Soyons précis quand on en parle.
J'attends la suite avec impatience… Citer
Oui j'ai plusieurs pistes pour la suite… mais je ne souhaites pas tout dévoiler tout de suite… ça prend du temps car je travaille à temps plein la journée, Piano Solo c'est très tôt avant le boulot et jusque très tard dans la nuit après le boulot
L'édition (publishing) est un métier à part où la répartition des revenus est de 50 / 50. Un éditeur place un musique sur une pub, il négocie, obtient un cachet qui sera réparti équitablement entre l'artiste et l'éditeur. Je n'ai aucun problème avec ça. C'est quand même pas comparable avec 5% sur un cd.
Multi-citer TomTom:
Et l'artiste dans tout ça? Si c'est de la rentabilité qu'on cherche, alors je crois qu'il faut changer de métier. La musique c'est de l'artisanat et internet peu multiplier votre public en gardant cet artisanat. C'est ça que je veux défendre.
Je ne dis pas que tous les métiers de la musique sont pourris et qu'il faut tout faire tout seul. Il y a des maisons de disques indépendantes qui font vraiment du bon boulot mais elles disparaissent face aux majors justement. Des collaborateurs sont nécessaires car on peut difficilement gérer tout soi-même. Il faut du soutien. C'est certain.
Je suis contre des producteurs qui, sous prétexte de miser de l'argent sur vous, ne vous laissent pas le choix. Internet donne le choix. Si on a des idées, le web permet de faire des rencontres, de toucher le public. Une fois qu'on a le public (des milliers / des millions de téléchargement) on peut trouver de bons partenaires (éditeurs, manager), négocier ses contrats (% sur les revenus, prix de ventes maximum d'un album, mise à disposition en libre sur le net, etc.). On peut aussi négocier directement la distribution en magasin.
La major pour le moment impose son contrat, ses conditions d'exclusivités, le nombre d'albums à venir, etc. Si l'artiste n'est pas d'accord, sa chance disparaît et un autre prendra sa place. Une bonne maison de disque doit savoir tirer la rentabilité de chaque artiste à chaque niveau. Elle doit sentir le potentiel et le marché à couvrir. C'est mon avis.
Multi-citer TomTom:
Tout à fait d'accord, mais n'oubliez pas que les majors ont beaucoup d'influence sur les radios et les télés.
Multi-citer TomTom:
C'est encore assez underground mais ça existe! Oxyradio.net est une webradio libre où vous pouvez découvrir des artistes libres, des débats passionnants… Quand tout le monde sera équipé d'une webradio dans son salon ou sa cuisine, le libre prendra le pas sur la télé et la radio. Citer
Je ne me base pas sur des "on dit" mais bien sur une expérience avec un premier album qui est sorti sous un label.
Pour mon premier album "Classic on Toys", j'ai étudié l'industrie de la musique, les contrats et les différents métiers. J'ai d'ailleurs produit cet album, c'est à dire que j'ai financé le studio, créé le packaging, la pochette, le concept et que j'ai établi un contrat de licence avec un label qui l'a pressé et promotionner. Ce contrat me permet de toucher 25% sur les ventes (20% en tant que producteur et 5% en tant qu'artiste (droits auteurs/mécaniques).
Comme je suis membre de la SABAM, je ne peux utiliser mes futures compositions comme je le souhaites (creative commons incompatible avec la sabam)
Je vais donc me désinscrire de la SABAM pour pouvoir exploiter ma musique (piano solo) comme bon me semble.
J'ai aussi beaucoup d'amis musiciens dont un chez Universal. Il est aussi important de signaler que l'artiste rachète ses cd auprès de son label pour les vendre en concert. Soi disant à un tarif préférentiel! Cette somme varie de 9 à 11€/cd! Faut déjà en vendre pas mal à la sortie des concerts, non? C'est pratique car si ta carrière décolle pas et que tu veux continuer à te produire et vendre tes cd's, tu continues à renflouer les caisses de ton label.
Multi-citer fred:
Signer un seul album avec Apple est impossible. Il faut avoir un catalogue et/ou être un label indépendant. ll faudra donc passer par un label qui prendra aussi sa commission. La marge tourne donc bien autour de 30 %.
Multi-citer fred:
Oui effectivement, j'ai oublié la TVA.
Album Vendu 18€ TTC = 14,87€ HTVA
- Artiste : 0,45€ par cd (à diviser avec autres membres du groupe).
- Major : 8,55 € par cd.
- Distributeur: 5,87€ (Disquaires, grandes surfaces, iTunes, etc.)
Multi-citer fred:
L'avance est de plus en plus rare dans les contrats des jeunes artistes. Par avance, on entend bien qu'à cette somme sera déduite les premières ventes. Ce n'est donc pas un bonus mais un crédit.
Mon but ici n'est pas de faire un procès aux majors mais d'ouvrir les yeux au public et d'expliquer pourquoi je me produis de cette manière. Je serais le plus heureux si mon album fini dans les bacs en signant directement avec un distributeur, pour cela, je souhaite m'autoproduire et surtout me démarquer et faire quelque chose qui me corresponde. Bientôt dans la 2ème partie de l'article
En tout cas, merci pour vos réactions car ça permet d'ouvrir le débat. Citer
Avec l'oubli de la prod ou de l'édition c'est la présence de certaines approximations qui discrédite l'auteur.
"sur un album à 18 €"
- iTunes ne prend pas 40% sur un MP3 vendu mais 8% (en incluant les frais bancaires) alors que la FNAC prend ses 30/ 40%
- Où est passé la TVA dans ton CD ? Il y a bien une TVA aussi en Belgique non ?
- la SABAM/SACEM (droits mécaniques sur la vente), ils ont disparu aussi de ta répartition.
- Il manque le distributeur. Il est où ? inclut dans la Majors?
"Si l'artiste n'a fait vendre que 1000 CD. Alors, il aura en poche 1000 x 0,45€ = 450€ + 50% des droits d'auteurs."
+ une AVANCE !!! c'est pour ça que les artistes veulent (aussi) signer chez une Majors,
C'est très complexe le business de la musique, faut mieux éviter les "on dit"
Fred Citer
On voit le major comme un seul gros bonhomme avec son cigare prenant plein de sous au gentil artiste tout perdu. Il y a du vrai là-dedans c'est incontestable. Mais nous donner des chiffres sans éléments comparateur pour dévoiler un scandale, c'est trop facile. Qu'en est-il dans l'édition par exemple, ou d'autres domaine ? Quels sont les frais d'un major ? Sur combien d'artistes a-t-il investi pour en avoir un de rentable ? Je ne sais rien de tout ça, et j'en aurais besoin pour me faire une opinion.
Et puis pourquoi toujours voir les majors comme les seuls grands méchants de l'histoire ? Après tout, ils produisent aussi de la bonne musique. Moi, c'est les radios et télés qui me scandalisent, ils ne diffusent que des morceaux ultra-marchand. Le rôle de média culturel n'est pas du tout assuré.
Il est bien loin le temps des radios libres, et internet ne les a pas encore remplacé. Citer
Et en passant je rappelle aussi que plus les gens téléchargent de la musique plus ils vont acheter le cd/vinyl et aller en concert.
Il y aussi le système de l'artiste/groupe qui distribue gratuitement sur le web et fais un appel au dons. Citer